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Habitude d’écrire

Troisième et dernière semaine du mois de la littérature 2022 proposé par Kobo. 

Les mots viennent plus simplement, comme si l’habitude d’écrire aidant, le cerveau laissait jaillir des termes puissants et plus beaux.

Bien sûr, prendre l’habitude d’écrire tous les jours permet d’entraîner le « muscle de l’écriture » qui, additionné à la puissance de l’imagination permet à la beauté de surgir, presque sans prévenir.

Après ceux de la première semaine et les compliqués de la deuxième semaine, voici les 7 textes de la dernière semaine de ce challenge.

Au-dessus de chacun d’eux se trouve le mot imposé pouvant prendre toutes les formes (conjuguée, adverbe…)

Jour 1 : Talisman

Les indicateurs signalent le décollage imminent. Justine observe ses co-équipiers. Dans leurs combinaisons d’un blanc immaculé, elle soupçonne qu’ils affichent un air concentré dissimulant l’excitation du départ. L’adrénaline monte. Les mois de préparation disparaissent loin derrière eux au moment où la fusée se met à vibrer. Bien coincée contre son sein en guise de talisman, la photo de son fils Louis. 

Plus que quelques secondes. Et puis ce voyage de treize semaines en orbite autour de la planète bleue, le rêve de toute une vie. 

Soudain, les trois moteurs de la navette s’allument en même temps que le principal. Son cœur explose de joie lorsque les propulseurs l’entraînent vers le mystère et l’infini.

Jour 2 : Pourpre

Au pied du sofa, les vêtements éparpillés gisaient, éclairés par la lumière triste d’un abat-jour décoloré. Des effluves d’alcool bon marché se mélangeaient aux odeurs d’encens.

Mollement, Adèle alluma une cigarette. Les ressorts du lit usé par les corps qui s’y enchevêtraient lui abîmaient le dos. Plus tard, elle fuirait cet endroit vétuste et se mettrait à son compte. En attendant, elle étira sa nuque et inspira une dernière bouffée.

Un rapide crochet dans la pièce d’eau, quelques touches de rouge pourpre sur ses lèvres et du bleu au-dessus de ses grands yeux.

Résignée, Adèle passa de l’autre côté du rideau et prit la pose en vitrine sous les néons blafards. La nuit était loin d’être finie. 

Jour 3 : Subrepticement

Au fond de l’épicerie, un couple hésite sur le choix du vin tandis qu’un homme aux cheveux argent soupèse un melon charentais. Une odeur de pâtisserie chatouille les narines de Nora. Depuis un mois, Antoine est parti. Le cœur de la jeune femme se serre à cette pensée.

Machinalement, elle dépose une plaque de chocolat et une bière aux fruits rouges. Sa carte est refusée. Les larmes affluent au bord de ses yeux. « Pas ça », songe-t-elle. 
Subrepticement, le client âgé glisse à la caissière un billet et sourit à Nora.

Elle hésite avant d’accepter, puis lui rend tristement son sourire. Au plus profond d’elle-même, une voix s’immisce comme une évidence : « tu n’es pas seule ». Soudain, Nora se sent reliée au monde, vivante !

Jour 4 : Soupirer

La chaleur étouffante accable les élèves qui patientent dans le couloir. Par une fenêtre entrouverte, une légère brise s’immisce. Adrien se faufile près de l’interstice et inspire profondément cet air frais qui sent bon l’automne et lui rappelle ce qui existe au-delà des murs. Son esprit vagabonde, tournoie, s’éparpille. Une parenthèse d’évasion revigorante pour supporter l’attente. 

— Adrien Duval, en rang, immédiatement ! entend-il gronder.

Le professeur retardataire l’admoneste et l’oblige à réintégrer brutalement la réalité. Adrien soupire et lève ses grands yeux bleus vers le ciel. La sanction tombe : un jour de renvoi ! 

L’étudiant dénonce l’injustice, en vain. Alors, il sent en lui une colère dévastatrice, démesurée, incontrôlable.

Jour 5 : Citrouille

Sur la butte, le ciel azur s’étire. Les contreforts ressemblent à un brouillon de nature ou s’entremêlent des vivaces, plantes sauvages et herbacées.

Au pied, l’ombre recouvre déjà la chaumière dissimulée par le chêne rouge. Bien à l’abri contre le tas de bois, quelques citrouilles résistent aux premiers frimas de l’hiver.

Dominique hume l’odeur chaude de la tasse de café brûlante qu’elle serre entre ses mains usées. Adossée à la porte verte de la cuisine, elle observe au loin la ville qui cannibalise la campagne.

Tout en mesurant sa chance, elle sait maintenant qu’elle pourra s’opposer aux promoteurs immobiliers. En repensant à son arrangement avec le notaire hier, elle sourit. Ils ne détruiront pas son petit coin de paradis !

Jour 6 : Banquise

Face à l’immensité immaculée, le corps de Steven disparaît.

Emportée par le vent glacial de cette contrée inhospitalière, la poudre blanche finit par l’engloutir, tout entier. Les congères s’amoncellent sur son flanc tandis que ses doigts dans les moufles épaisses s’engourdissent. Les bourrasques lui giflent les joues.

Il perçoit le craquement sourd de la banquise, mais ne s’effraye pas. La peur n’a pas sa place dans cette mission qui méprise le confort et choisit la beauté.

Le photographe concentre son attention sur le banc de manchots qui se balancent en chœur, rythmés par la cadence de leurs pas. Dans l’objectif du chasseur d’images, plus de nombrilisme, seulement l’élégance de la marche impériale figée sur sa pellicule pour l’éternité. 

Jour 7 : Eperdu

Des secrets engloutis aux rencontres singulières que lui procuraient ses incursions dans les récifs coralliens, Coline en goûtait la saveur depuis près de trente ans.

Elle avait renoncé à mari et enfants, offrant à l’océan la priorité. Sa fascination pour les fonds marins la conduisait à arpenter des reliefs tantôt accueillants ou totalement hostiles.

Bien sûr, son désir de plonger résultait d’une équation où s’additionnaient la frustration de devoir remonter et le privilège de rester éperdument éblouie par la grande bleue. Mais aussi, dans chacune de ses immersions, par les infimes brides d’un univers entier à explorer.

Ce monde fragile et sauvage la captivait autant qu’il la terrifiait. Que pouvait-elle y changer ?

Avant de partir…

L’habitude d’écrire permet de vous donner une rigueur et une constance pour donner un signal fort à votre cerveau. Après 21 jours de production quotidienne, vous aurez acquis des réflexes et mécanismes qui vous permettront de donner plus de consistance à vos productions. Les mots choisis le seront avec plus d’aisance et de qualité. Autant ne pas s’en priver.

Pour ma part, je constate que cette habitude d’écrire m’a donné plus de facilité dans le choix des mots et dans la fluidité de mon écriture.

Quel est le texte que vous préférez dans cette dernière semaine ? 
Seriez-vous prêt, vous aussi à tester la puissance de l’habitude d’écrire ?

Je vous invite à découvrir les créations des autres auteurs, directement sur le site.

Hélène 

Photo by Glenn Carstens-Peters on Unsplash

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